dimanche 20 juillet 2014

Mes romans de l'été

L'Incroyable Histoire de Wheeler Burden
Selden Edwards
Le Cherche Midi

Wheeler Burden vit à San Francisco en 1988. Il a donc peu de raisons de se réveiller un beau matin à Vienne en 1897. C'est pourtant ce qui lui arrive, de façon totalement inexplicable. Totalement démuni, il décide d'aller consulter un jeune thérapeute viennois, Sigmund Freud. Tandis que celui-ci réfléchit à son cas, Wheeler fait connaissance avec la ville où Malher et Klimt révolutionnent leurs arts respectifs. Alors qu'il tombe amoureux d'une jeune Américaine de passage dans la capitale autrichienne, il réalise ce qui est en jeu dans cette curieuse mésaventure : l'incroyable possibilité de changer le destin des siens et, peut-être plus encore, celui de l'humanité toute entière. A quelques kilomètres de Vienne, dans le village de Lambach, vit en effet un petit garçon âgé de 6 ans, nommé Adolf Hitler. Wheeler est néanmoins loin de se douter de tous les risques qu'il encourt et des dangers qu'il y a à vouloir modifier le cours des choses. (4e de couverture)

Voilà un écrivain qui n'a pas suivi les conseils d'Emmett "Doc" Brown ! Dans la lignée de Carlos Ruiz Zafón (L'Ombre du vent, Le Prince de la brume, Marina), Selden Edwards signe un premier roman, bourré d'inventivité, sur les péripéties d'un nouveau Marty McFly.


La Maison sur le rivage
Daphné Du Maurier
Le Livre de Poche

En Cornouailles, dans une très ancienne demeure, un homme cède à la tentation de vérifier les effets d'une nouvelle drogue mise au point par un savant réputé. C'est le début d'un long voyage, au cours duquel il va se retrouver plongé dans un passé vieux de plus de six siècles. Mais les troublantes scènes dont il va être le témoin invisible sont-elles pure illusion ? Les personnages qu'il croise ne sont-ils que des fantômes nés de son imagination ? (4e de couverture)

L'histoire hantée d'une expérience aux frontières du temps, à découvrir ou redécouvrir, par l'auteur de Rebecca et L'Auberge de la Jamaïque.


Le Phare
P.D. James
Le Livre de Poche

Au large de la Cornouailles anglaise, Combe Island abrite une Fondation qui permet à des personnalités de venir jouir de la quiétude de ce lieu coupé du monde et de se ressourcer à l'iode marin. Outre les résidents permanents, Nathan Oliver, un écrivain de réputation internationale, y séjourne régulièrement, accompagné de sa fille Miranda et de son secrétaire Dennis Tremlett. Jusqu'au jour où l'un des habitants de l'île meurt dans des conditions pour le moins suspectes. Chargé de mener une enquête discrète, car Combe Island doit prochainement servir de cadre à un sommet international, le commandant Dalgliesh acquiert très vite la certitude qu'il s'agit d'un crime. Mais une autre menace, beaucoup plus insidieuse, guette l'île. (4e de couverture)

Véritable scénario de murder-party, ce classique du roman policier est un Cluedo grandeur nature sur une île battue par les vents. Y sont rassemblés tous les ingrédients du huis-clos par la digne héritière d'Agatha Christie.


Sans faille
Valentin Musso
Seuil

Ils sont cinq. Cinq amis, la trentaine, qui se retrouvent après plusieurs années pour une randonnée dans les Pyrénées, le temps d'un week-end. Romuald, le gamin des cités à qui tout a réussi, a invité Théo, Dorothée, David et Juliette dans son luxueux chalet. Mais la montagne lui est-elle aussi familière qu'il l'a laissé croire ? Le groupe s'égare, d'anciennes inimitiés ressurgissent, les secrets de chacun se font jour. Jusqu'au drame. Impensable. Imprévisible ? C'est du moins ce qu'il croient, au début. Connaît-on vraiment ses amis ? (présentation de l'éditeur)

Un Dix petits nègres au coeur des Pyrénées ! Glaçant. Chez les Musso, on ne doit pas beaucoup fermer l'oeil de la nuit.


Au service du Palais
Bernard Vaussion et Christian Roudaut
Editions du Moment

Aucun cuisinier n'a servi autant de présidents français que Bernard Vaussion. Six au total ! Quand il fait mijoter son premier plat au "château", le locataire de l'Élysée s'appelle Georges Pompidou. Lorsqu'il y prépare son dernier repas, le maître des lieux se nomme François Hollande. Entre-temps, le jeune commis-cuisinier arrivé au Palais en 1974 s'est hissé au sommet des cuisines de l'État sous Jacques Chirac. C'est à ce voyage "politico-culinaire" que nous convie Bernard Vaussion.  À la première table du pays, chaque président impose son style : la cuisine se veut "normale" sous Hollande, au pas de charge avec Sarkozy, conviviale sous Chirac, quasi-monarchique avec Mitterrand, moderne sous Giscard. "Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es..." Au fil des pages, on découvre aussi le rôle crucial des premières dames dans ce domaine : de Claude Pompidou à Valérie Trierweiler en passant par l'omniprésente Bernadette Chirac. À travers ses souvenirs à la fois émerveillés, drôles et émouvants, Bernard Vaussion, délié de son devoir de réserve, nous plonge dans l'atmosphère trépidante des cuisines de la République : le stress des dîners de gala, l'intimité des repas privés, les vacances au Fort de Brégançon, la vie mouvementée de la brigade élyséenne... Chef de chef d'État, un métier de l'ombre que l'auteur dévoile par le menu. (présentation de l'éditeur)

Une biographie culinaire 3 étoiles dans les coulisses des cuisines de l'Elysée et des petites manies gastronomiques des présidents de la Ve République depuis Pompidou. Jouissif !


Comme un chant d'espérance
Jean d'Ormesson
Editions Héloïse d'Ormesson

"Disons les choses avec simplicité, avec une espèce de naïveté : il me semble impossible que l'ordre de l'univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens - inconnu de nous, bien sûr, mais, malgré tout, un sens. Du coup, je m'en remets à quelque chose d'énigmatique qui est très haut au-dessus de moi et dont je suis la créature et le jouet.  Je ne suis pas loin de penser qu'il n'y a que l'insensé pour dire : "Il n'y a pas de Dieu." Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins, parce qu'il y a une histoire et parce que je me fais une idée de Dieu dont je me demande d'où elle pourrait bien venir s'il n'y avait pas de Dieu." (extrait)

Dans son ode à Dieu à la manière d'un pari pascalien, l'académicien facétieux voulait écrire un roman sur rien, une "idée chère à Flaubert". Et bien c'est, hélas, réussi ! Un chant d'espérance qui n'émerveille pas. Snif.

mercredi 9 juillet 2014

Les caprices du Dieu Football

Les voies du football sont décidément impénétrables. L'élimination sans appel du Brésil en demi-finale par l’Allemagne hier soir marquera plus durement cette Coupe du monde que le résultat de la finale dimanche prochain. Pour trois raisons.

D’abord, comme un annonceur qui, s'étant payé à un prix d'or une pleine page de publicité dans un journal, s’attend à un rédactionnel élogieux, le Brésil ne pouvait concevoir de perdre en tant que pays hôte. Véritable terre promise du football, protégée des Dieux ! Et c’est pourtant ce qui s’est passé. Tant que la Seleçao passait les étapes, l’hospitalité brésilienne redonnait un sens à la fête et plaçait sous silence les histoires de gros sous. Or, les larmes de la défaite risquent de réveiller les rancoeurs. Et la présidente Dilma Rousseff en paiera certainement le prix aux prochaines élections d’octobre, à l'image de ce qui l'attend lors de la remise du trophée.

Ensuite, engagé dans une partie de poker, le Brésil a fait tapis avec une tactique de jeu risquée. Jusqu'ici, il avait toujours misé sur une carte maîtresse, Neymar, le porte-bonheur de toute une nation. Mais celui-ci blessé dans des conditions troubles, le plan reposait sur un coup du sort. Des témoins sur place soulignent l’optimisme quasi mystique dont ont fait preuve des supporters brésiliens, prêts à tout pour croire à un retournement miraculeux. Mais la foi n'a pas suffi. En face, il y avait une équipe allemande d'une redoutable technicité. En fait, cette Coupe du monde aura prouvé que la divinisation de quelques joueurs au détriment d’une collégialité de jeu n’est plus la stratégie gagnante pour défier le destin. A moins que l'Argentine prouve le contraire avec Messi.

Enfin, dernier enseignement, à notre compte. L’humiliation du Brésil par l’Allemagne relativise l'échec de la France. Elle souligne même ses atouts. A la relecture des scores, l'honneur des Bleus ne s'en sort pas si mal même si les mauvaises langues regrettent encore les occasions manquées. Le premier d’entre eux est sans doute un président impopulaire qui espérait bénéficier d’un « effet 1998 » dans les sondages. L'événement a révélé des joueurs français plus généreux qu'à l'époque d'un certain bus. Et Didier Deschamps, manager providentiel, a réussi la synthèse d’une réconciliation. Une défaite biodégradable dont on jugera les fruits dans la durée.

lundi 16 juin 2014

Philosophie de l'impasse

Bacheliers contre grévistes. Le choc du jour couronne l'absurdité. D’un côté, les lycéens, plongés dans l’épreuve de vérité, regardent vers l’avenir. De l’autre, les cheminots, réfractaires au changement, ont les yeux rivés sur les acquis du passé. Une France des jeunes avance pendant que celle de ses aînés la freine. Comment sortir d’une impasse qui prouve, une fois encore, que le pays est irréformable sans douleur ni compromission ? Historiquement, la France est une patrie de frondeurs et de révolutionnaires. Pourquoi ne pas mettre cette capacité d’indignation au service de l’innovation et du bon sens ? Trois conditions s’imposent.

D’abord, favoriser l’ouverture d’esprit à la nouveauté. En construisant une vraie politique de la formation et de l’alternance au coeur même des entreprises et des institutions consacrées au travail, les salariés en détresse, plus particulièrement les naufragés de l’industrie, les chômeurs de longue durée et les actifs en général renoueront avec la philosophie de la reconversion, convaincus que leurs compétences sont évolutives et le rebond possible. Ce qui suppose de rompre avec la domination de la vieille culture syndicale, dépassée par les exigences du présent. Les leviers de la confiance en soi et de la motivation passent par une reconnaissance de l’effort. Et non par le poids des statuts qui perdurent et des privilégiés qui râlent.

Ensuite, accorder la politique et l’économie dans le sens de l’intérêt général. Les élus sont devenus des professionnels de l’immédiateté et de l’image, raisonnant dans un cycle court dont la conservation du pouvoir donne le rythme. A l’inverse, les entrepreneurs sont habités par le goût du risque et de l'engagement. Il est urgent de déculpabiliser l’argent et d’encourager les sauts qualitatifs pour repenser nos métiers en profondeur. Le conflit des taxis contre les VTC est symptomatique de cette économie hors-jeu qui refuse les opportunités offertes par la digitalisation des expériences client. Toutes les professions doivent entrer dans une dynamique de la fragilité en acceptant la remise en cause face au progrès technologique. Et ce n’est pas en ajoutant de la législation à la législation, comme l’interventionnisme à la Montebourg, que l’Etat calmera les oppositions et libérera la croissance.

Enfin, adopter une posture de la pédagogie. A quoi s’évertuent les médias et les commentateurs sinon à jeter, malgré eux, de l’huile sur le feu par l'instrumentalisation des petites phrases assassines. Monter, par micros interposés, les radicaux du rail ou de la scène contre les exaspérés du quai et des tribunes, avec les ministres en arbitres, ne va pas arranger nos affaires. L’opinion publique ne comprend pas les motifs des grévistes et les syndicats renvoient la faute à la surdité du gouvernement. C’est le jeu de l’incompréhension. Comment, au milieu de toute cette cacophonie, faire émerger des voix, des modèles, qui pourraient donner du sens à tout cela ? Jouer de leur notoriété pour expliquer les raisons de la colère. Il est temps de trouver les porte-paroles de l’intelligence.

Et par-dessus tout, profiter de la "Coupe du Monde" et de ses effets cathartiques, pendant que l’équipe de France est encore en odeur de sainteté, pour effacer l’ardoise de la contestation et renouer avec l’enthousiasme de l’action. Du palais présidentiel au foyer fiscal, nombreux sont ceux qui espèrent que le renouveau viendra de la fraternité d’une victoire.

samedi 22 mars 2014

Son dernier coup d'archet

Nicolas Sarkozy est-il coupable des tricheries qui lui sont reprochées ? C’est à la justice, dans la mesure de son indépendance, d’en juger. Quoi qu’il en soit, sa tribune dans le Figaro de vendredi est un joli coup médiatique à la veille du premier tour de scrutin. Un message personnel aux Français, à résonance électorale, que les candidats UMP aux municipales ne manqueront pas de faire fructifier. Car, malgré les réactions unanimes d’une gauche ulcérée que la mémoire des événements a tendance à pondérer, elle conserve deux mérites : bousculer des vérités qui dérangent et remobiliser l’électorat de droite.

En accusant l’exécutif de jouer à la police politique, l’ex-chef de l’Etat surfe sur la vague de défiance d’une partie de l’opinion publique qui doute de la capacité du gouvernement à administrer le pays dans la transparence. Depuis l’affaire Cahuzac où le président "normal" a joué le déni, ne pas savoir est signe d’incompétence. Savoir et soutenir le contraire, c’est mentir. Une stratégie perdante, à double titre. Le coup des écoutes est du même ressort.

Quant au Ministre de l’Intérieur, sa politique de l’indignation et de la liberté d’opinion à géométrie variable, dont les arrestations arbitraires des anti-"mariage pour tous" en ont été une illustration parmi d’autres, a fortement entaché sa notoriété sur la route de Matignon. Prendre Nicolas Sarkozy comme la cible de tous les maux dont souffre notre démocratie a eu l’effet inverse. La manœuvre a réveillé le fauve politique qui a pris ses partisans, et même au-delà, à témoin.

Autre conséquence : la théâtralité du texte de l’ancien président n’est pas sans rappeler la faconde dont il a fait preuve le 6 mai 2012 à la Mutualité, la main sur le cœur, devant des militants en larmes, le jour de sa défaite. Ce discours de départ, le plus personnel de son mandat, a révélé la meilleure part de l’homme d’Etat, digne dans l’échec, vrai dans ses sentiments, droit dans ses convictions. Loin du "casse toi pauv’con" et du "avec Carla, c’est du sérieux". Une plume alerte qui ne manquera pas de configurer son retour en politique et d’éclairer le vote des indécis de droite, à l’écart de toute tentation frontiste ou abstentionniste.

mardi 17 décembre 2013

Un jour, un destin

Visite dans les coulisses du JT de 20h de TF1 présenté par Gilles Bouleau.
C'est l'histoire de trois parcours. Trois hommes marqués par une journée qui a donné une nouvelle orientation à leur aventure personnelle. Ces trois personnalités ont fait l'actualité de la semaine. De ma semaine. A tort ou à raison. A vous de juger.

Nicolas Sarkozy, le funambule des sondages

« C’est quelqu’un qui m’a dit que tu m’aimais encore. Serait-ce possible alors ? » Des paroles prophétiques pour l’ex-chef de l’Etat qui assiste à tous les concerts de son épouse Carla Bruni. Car le "Raymond" de la chanteuse est aujourd’hui le candidat préféré des sympathisants UMP, selon un sondage Ifod pour Atlantico publié ce mardi 3 décembre. A 60%, il devance largement Alain Juppé (13%) avec qui il s’est entretenu « une demi-heure dans la loge de Carla », au Casino Barrière de Bordeaux, sans que rien ne filtre. Loin derrière, Fillon est plébiscité par 7% des sondés. Le député-maire de Meaux finit bon dernier à 1%, poussé vers le bas par les mousquetaires Wauquiez (4%), NKM (3%) et Le Maire (2%). En pleine reconstruction de son identité après la lutte fratricide pour sa présidence, l’UMP peine encore à se trouver une autre voix pour 2017.
Cette popularité de Nicolas Sarkozy dans son propre camp n’est pas un hasard. Aux concerts de Carla, ses fidèles se pressent en masse pour le saluer et l’encourager à revenir dans la course. Façon meeting, selon la recette des Volfoni. En pleine ascèse médiatique, il se sent pousser des ailes. Serait-il resté l’homme providentiel qui sauvera la France du péril Hollande ? En véritable animal politique, plus fort lorsque blessé, il en est convaincu. Pour lui, les primaires devraient se résumer à un saut d’obstacle. A 60%, pas besoin de primaires, pense-t-il. Ce que Juppé conteste, lui qui vise Bordeaux, d’où l’on aurait une excellente vue sur l’Elysée. Une tactique non dénuée d’intérêt. Car une ville bien administrée est sans doute aujourd’hui un meilleur tremplin pour le Palais qu’un parti sans gouvernail ni coffre au trésor.
Pourtant, un autre sondage CSA pour BFM TV, paru en octobre dernier, révélait que 54% des Français ne regrettent pas la présidence de Nicolas Sarkozy (40% répondent « non, pas du tout » et 14% « non, pas vraiment »). La nostalgie ne serait pas à l’ordre du jour. Or, pour gagner des élections, il faut rassembler au-delà de son propre camp. Le PS l’a prouvé, même si les résultats ne sont pas à la hauteur des promesses. Pour équilibrer les rapports de force entre des concurrents futurs alliés, les primaires restent la meilleure stratégie. Un grand écart comme seuls les hommes politiques savent le faire. Cependant, Nicolas Sarkozy ne doit pas être rappelé aux urnes pour les mêmes raisons qui l’ont sanctionné le 6 mai 2012 : le rejet de l’autre. Il est temps que la France soit gouvernée par conviction. Non par défaut.

Gilles Bouleau, le "bon camarade" de l'info

« 15 secondes ! » La voix d’un assistant-plateau me fait sursauter. Sur un écran de contrôle, Evelyne Dhéliat abat sa dernière carte. Celle du temps. Séquence enregistrée. La météo n’est pas en direct. Assis à son bureau en forme d'hélice, sous les feux d’une armée de projecteurs, Gilles Bouleau jette un oeil dans son miroir de poche, s’éclaircit la voix et ajuste sa cravate. 19h58, générique. Les titres. Depuis le 4 juin 2012, le "présentateur normal" tient, en semaine, les rênes du 20h de TF1. Et chaque soir, c’est le même rituel. Ou presque. Car, à la mesure des événements, le JT du lendemain fait oublier celui de la veille. Comme une pièce de théâtre dont les acteurs ne sont jamais blasés. C’est la mécanique qui est bien huilée. Même si, des fois, survient une panne, un sujet qui n’est pas prêt, une erreur de lancement ou une voix qui savonne. D’autres fois, c’est l’actualité qui bouscule le rythme.
Ce mercredi 4 décembre : impôts, prostate et huile d’olive. Pas de quoi tirer la sonnette d’alarme. Au 2e étage de la forteresse TF1, quai du Point du Jour, il règne une étonnante sérénité. Du plateau à la régie, on marche à pas feutrés. Chacun tient son poste le long d’une chaîne de commandement que pas même un scoop ne pourrait ébranler. Les techniciens tissent un pare-feu entre eux et nous pour que rien ou si peu d’un éventuel grain de sable ne grippe l'antenne. Le remède au stress ? Gilles Bouleau ne parle pas de tension mais de concentration. La présentation du JT est le fruit du travail de toute une journée, de toute une équipe. Sans esbroufe, ni amateurisme. Du journalisme bien préparé, filtré, dont le point d’orgue est une mise en scène. Et pas l’inverse. Tout est dans la maîtrise.
Diplômé du Centre de Formation des Journalistes après Sciences Po, Gilles Bouleau a fait ses classes à LCI. Correspondant à Londres puis à Washington, il exerce sur le terrain sa passion pour le métier. Joker de Laurence Ferrari à la présentation du 20h dès 2011, il en profite pour dépoussiérer les infographies des JT. Puis, en juin 2012, la tête blonde s’en va, lui s’installe. Pour de bon. Ses gestes sont posés, sa voix emphatique, le sourire complice. Des téléspectateurs aux collaborateurs, tout le monde en profite. Il n’hésite pas à complimenter une carte, une animation ou un reportage en cours de diffusion. Une réputation de "bon camarade". Seul le rédac' chef est relié à lui par une oreillette. Ils avisent, en temps réel, des adaptations éventuelles à donner au conducteur, ce déroulé minuté où chaque sujet, reportage ou off, est calé jusqu’aux tous derniers instants. Le journal porte bien son appellation de "grande messe". L’exercice relève du sacré.

François-Xavier Demaison, le nouveau Père Castor

C’est l’histoire d’un mec dont la conscience populaire retient d’abord son rôle de Coluche dans le film d’Antoine de Caunes, et son séjour chez les Raïka dans le cathodique Rendez-vous en terre inconnue. Mais, au-delà du truculent comédien, mélange de guignol et de clown triste, le grand public connait-il le récit de son parcours, celui d’une trajectoire de fiscaliste qui, bousculée par la chute des tours jumelles, le 11 septembre 2001, a fini sur les planches ? Sa rencontre avec Samuel Le Bihan sur la scène de ses débuts l’a conforté dans son projet fou. Scruter le rire plutôt que l'argent. Aujourd’hui, ce fils d’avocat, ex-chroniqueur de France Inter et parrain de plusieurs associations caritatives, déchaîne le public du théâtre Edouard VII, à Paris, dans un spectacle drôle et bien écrit : « Demaison s’évade ».
A l’instar de son personnage de voyant-masseur, il nous illumine de ses révélations. Quel est l’intérêt de vivre au Québec ? D’où vient le cri des indiens ? Pourquoi parle-t-on d’annales du bac ? Comment tromper sans se faire choper ? Puisant son inspiration dans les absurdités du monde et de l’imaginaire collectif, il donne vie à une galerie de portraits déjantés, du golfeur suffisant au cow-boy cocu, derrière lesquels se cache toujours une part de vérité qui finit en maxime. Comme une morale de La Fontaine. Avec Demaison, la provocation, voire la grossièreté, est l’aboutissement d’une virtuosité des mots. Incontestablement, ses tirades sont citations. La preuve qu’on peut rire de tout, et même de ce que l’on connait déjà. Mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui, comme disait Desproges. Du conte pour enfants au spectacle pour prisonniers, il sait se montrer élégant derrière la crudité.
Pendant une heure d’évasion, l’humoriste est à la fois acteur et décor, truqueur et bruiteur, imitateur et danseur, chanteur et mime. Un homme-orchestre à lui tout seul, relevé par quelques effets de lumière et de musique bien choisis. Face à lui, un public conquis, jamais exclu de ses sketches. Tendrement séduit par ce nouveau Père Castor qui sait raconter les histoires horribles comme personne. Et ce n’est pas Bitou qui dira le contraire.